Au sens de l’AI Act, est déployeur quiconque utilise un système d’IA sous sa propre autorité dans un cadre professionnel – à l’hôpital, c’est l’établissement, et non le médecin pris individuellement. Pour les systèmes à haut risque, le déployeur doit utiliser le système conformément à la notice d’utilisation, confier le contrôle humain à des personnes compétentes, formées et habilitées, surveiller le fonctionnement, vérifier la pertinence des données d’entrée qu’il fournit lui-même et conserver au moins six mois les journaux générés automatiquement. Avant toute utilisation sur le lieu de travail, le personnel et ses représentants doivent être informés. Un système formel de gestion des risques, en revanche, la loi l’exige du fournisseur.
Vers le dossier EU AI Act →Gestion des risques de l’IA en établissement de santé
Comment hôpitaux, cabinets et laboratoires exploitent l’IA en sécurité : obligations des déployeurs selon l’AI Act, lien avec le MDR, responsabilité partagée avec le fournisseur, modèle de menaces pour l’IA médicale, évaluation des risques et preuves solides.
Mise à jour: octobre 2026 · Valeri Milke, Lead Auditor ISO 27001 & ISO 42001
Paru dansmt|medizintechnik 2.2026 ↗
2/08/2028Obligations haut risque pour les dispositifs médicaux à IA – fournisseurs et déployeurs
2/12/2027Obligations haut risque pour les usages directement classés, comme le triage aux urgences
≥ 6 moisConservation minimale, par le déployeur, des journaux générés automatiquement
Classe IIaClasse MDR minimale habituelle des logiciels d’aide au diagnostic et à la thérapie
La gestion des risques de l’IA en établissement de santé désigne la démarche par laquelle un établissement évalue, avant la mise en service, les risques d’un système d’IA pour les patients, le personnel et la protection des données, les surveille en exploitation et les réévalue à chaque modification. Pour les hôpitaux, cabinets, laboratoires et centres de santé, c’est une exigence légale : l’AI Act confie aux déployeurs des obligations propres, de l’utilisation conforme à la notice à la conservation des journaux, en passant par un contrôle humain compétent. Pour les dispositifs médicaux à IA évalués avec un organisme notifié, ces obligations « haut risque » s’appliquent à partir du 2 août 2028. Cette page présente le partage des responsabilités entre fournisseur et déployeur, un modèle de menaces pour l’IA médicale, l’évaluation des impacts ainsi que les mesures et preuves qui tiennent au quotidien.
Calendrier de l’IA dans les soins
Ce qui s’applique déjà aux déployeurs et ce qui suivra d’ici 2028 – touchez une étape pour afficher les détails.
1er août 2024
Entrée en vigueur de l’AI Act
Le règlement européen sur l’IA entre en vigueur ; ses obligations s’appliquent de manière échelonnée selon le type de système et le niveau de risque.
2 février 2025
Interdictions et maîtrise de l’IA
Les pratiques d’IA interdites sont proscrites. Fournisseurs et déployeurs doivent favoriser la maîtrise de l’IA au sein de leur personnel.
juin 2025
Guide MDCG 2025-6
L’AI Board et le MDCG traitent en 36 questions l’articulation entre MDR, IVDR et AI Act – et précisent par exemple que le déployeur ne se confond pas avec l’utilisateur au sens du MDR.
27 juillet 2026
Entrée en vigueur du Digital Omnibus
Le règlement modificatif du 8 juillet 2026 fixe des échéances fermes pour les obligations haut risque et reformule l’obligation de maîtrise de l’IA.
2 août 2026
Application générale
L’AI Act s’applique pour l’essentiel, les obligations de transparence prennent effet, et l’AI Office ainsi que les autorités nationales veillent à son application.
11 septembre 2026
Notifications au titre du CRA
Les fabricants de produits comportant des éléments numériques notifient les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves – un sujet pour l’environnement informatique, pas pour les dispositifs médicaux.
2 décembre 2027
Usages directement classés à haut risque
Les obligations haut risque s’appliquent aux usages que l’AI Act classe lui-même à haut risque, comme le triage des patients aux urgences – sauf si le système est aussi évalué comme dispositif médical avec organisme notifié.
11 décembre 2027
Application complète du CRA
Les produits non médicaux comportant des éléments numériques nouvellement mis sur le marché doivent satisfaire aux exigences du Cyber Resilience Act.
2 août 2028
Obligations haut risque pour les dispositifs médicaux à IA
Les exigences haut risque s’appliquent à l’IA intégrée aux dispositifs médicaux et de diagnostic in vitro relevant d’un organisme notifié – pour les fournisseurs comme pour les déployeurs. Les systèmes mis sur le marché auparavant ne sont concernés qu’en cas de modifications importantes de leur conception.
Huit messages clés sur l’IA dans les soins
Résumé de chaque message clé — dépliez pour lire le texte complet.
L’IA médicale n’est pas à haut risque par principe. Deux questions tranchent : le logiciel est-il lui-même un dispositif médical, ou le composant de sécurité d’un tel dispositif, et un organisme notifié doit-il intervenir dans l’évaluation de la conformité ? Le MDR classe en règle générale au moins en classe IIa les logiciels qui éclairent des décisions diagnostiques ou thérapeutiques – les deux conditions sont alors le plus souvent réunies. L’AI Act désigne en outre directement comme à haut risque certains usages en santé, comme le triage aux urgences ou les décisions des autorités sur l’accès aux prestations de santé publiques ; si un tel système est aussi un dispositif médical relevant d’un organisme notifié, la voie du MDR prime. La classe MDR, elle, reste inchangée.
Vers AI Act & dispositifs médicaux →Avec le Digital Omnibus, en vigueur depuis le 27 juillet 2026, le calendrier est arrêté : les obligations haut risque pour l’IA intégrée à des produits réglementés comme les dispositifs médicaux s’appliquent à partir du 2 août 2028 ; pour les usages directement classés, comme le triage aux urgences, à partir du 2 décembre 2027, sauf si le système est aussi un dispositif médical relevant d’un organisme notifié. Dès aujourd’hui s’appliquent l’interdiction de certaines pratiques, l’obligation de favoriser la maîtrise de l’IA au sein du personnel et les obligations de transparence pour certaines applications comme les chatbots. Attendre 2028 pour commencer, c’est manquer de temps pour les achats, la formation et la mise en place des processus.
Les dispositifs médicaux relevant du MDR et de l’IVDR échappent au Cyber Resilience Act. Mais autour d’un dispositif médical à IA fonctionnent de nombreux produits qu’il couvre : composants réseau, logiciels serveur, plateformes d’intégration ou outils d’IA non médicaux pour la documentation et les rendez-vous. Les obligations incombent au fabricant, pas à l’hôpital. Depuis le 11 septembre 2026, les fabricants doivent notifier les vulnérabilités activement exploitées et les incidents de sécurité graves ; l’application complète suivra le 11 décembre 2027. Les hôpitaux en tirent parti à l’achat en exigeant par contrat des engagements de mise à jour, des nomenclatures logicielles (SBOM) et des processus de gestion des vulnérabilités. Les services purement cloud relèvent, eux, de NIS2.
Vers le dossier Cyber Resilience Act →Fournisseur et déployeur répondent de maillons différents d’une même chaîne. Le fournisseur livre un système conforme et validé, une notice d’utilisation précisant les limites de performance et des mises à jour régulières. L’établissement assure un environnement adapté, un personnel formé, un contrôle effectif et des retours d’expérience du terrain. L’ensemble ne tient que grâce à des interfaces convenues : informations sur l’origine des données, procédure concertée pour les mises à jour du modèle, revues de risques communes et processus d’incident dans lequel l’hôpital informe d’abord le fournisseur en cas d’incident grave. Le guide MDCG 2019-16 décrit ce principe pour la cybersécurité.
Vers le dossier Cybersécurité MDR →Un modèle de menaces montre où un système d’IA est vulnérable. La méthode STRIDE a fait ses preuves avec six catégories – usurpation d’identité, falsification, répudiation, divulgation d’informations, déni de service et élévation de privilèges –, appliquées le long des flux de données, de l’appareil d’imagerie jusqu’à l’affichage du résultat. L’IA ajoute ses propres schémas : données d’entraînement ou d’affinage empoisonnées, entrées délibérément modifiées, injection de prompt dans les modèles de langage et pouvoirs d’action trop étendus confiés à des agents. L’OWASP Top 10 for LLM Applications, dans sa version 2026, en fournit une liste de contrôle à jour.
Vers le dossier Threat Modeling →Toutes les menaces ne se valent pas. On évalue la probabilité d’un dysfonctionnement – d’origine technique, organisationnelle ou humaine, comme le biais d’automatisation – et sa gravité : pour le patient, pour le personnel et pour l’offre de soins dans son ensemble. Les discriminations systématiques envers certains groupes de patients en font expressément partie. L’AI Act n’impose une analyse d’impact sur les droits fondamentaux qu’aux organismes publics et aux opérateurs privés fournissant des services publics, et seulement pour certains usages comme le triage aux urgences. Pour les dispositifs médicaux à IA, une évaluation structurée des impacts reste néanmoins utile, en s’appuyant sur l’analyse d’impact relative à la protection des données et sur la gestion des risques cliniques.
Les systèmes d’IA évoluent : mises à jour du modèle, nouvelles interfaces, autres appareils, population de patients différente. La dérive du modèle – la perte progressive de performance lorsque les données réelles s’écartent des conditions de validation – passe souvent longtemps inaperçue sans surveillance. Les mises à jour relèvent donc d’une gestion des modifications encadrée, avec test, validation et retour arrière possible. Prudence avec les adaptations maison : qui modifie substantiellement un système à haut risque, le propose sous son propre nom ou le réaffecte à une finalité à haut risque endosse les obligations du fournisseur – un hôpital aussi. Les modifications prédéfinies et évaluées à l’avance par le fabricant ne sont en revanche pas réputées substantielles.
Vers la maintenance des dispositifs connectés →STRIDE dans l’exploitation clinique de l’IA
Six catégories de menaces – pour chacune, un scénario issu des soins, ses conséquences possibles et des contre-mesures efficaces. Choisissez une catégorie.
IdentitéQui dialogue vraiment avec l’IA ?
- Scénario : sur le réseau de l’hôpital, un système étranger se fait passer pour une modalité d’imagerie et envoie des images préparées au service d’IA d’aide à l’interprétation.
- Conséquence : le modèle analyse des images qui n’appartiennent à aucun patient réel ; des résultats peuvent être rattachés au mauvais dossier.
- Contre-mesures : authentification mutuelle des systèmes par certificat, authentification multifacteur résistante au phishing pour les comptes utilisateurs, sessions de courte durée.
Identité des appareilsCertificatsMultifacteur
IntégritéLes données et le modèle sont-ils intacts ?
- Scénario : par une interface de laboratoire mal protégée, certaines valeurs de mesure exploitées par un score d’alerte précoce en soins intensifs sont modifiées.
- Conséquence : le score reste normal alors que l’état du patient se dégrade – le traitement commence trop tard.
- Contre-mesures : protection de l’intégrité des messages, contrôles de plausibilité des entrées, vérification de la signature et de la somme de contrôle de chaque version du modèle avant validation.
SignaturesPlausibilitéInterfaces
TraçabilitéPeut-on prouver après coup ce qui s’est passé ?
- Scénario : après un traitement retardé, on ne sait plus quelle version du modèle a émis quelle alerte, ni si la médecin l’a confirmée ou écartée.
- Conséquence : l’analyse des causes, la notification et la clarification des responsabilités reposent sur des suppositions.
- Contre-mesures : journaux horodatés de façon synchronisée et protégés contre la falsification, avec version du modèle, référence de l’entrée et action de l’utilisateur ; conservation d’au moins six mois.
JournalisationVersion du modèleInaltérabilité
ConfidentialitéOù vont les données de santé ?
- Scénario : un assistant de rédaction de courriers médicaux fondé sur un modèle de langage interroge, via un système de recherche documentaire (Retrieval-Augmented Generation, RAG), une base de connaissances commune et cite des passages du dossier d’un autre patient.
- Conséquence : violation du secret médical et de la protection des données, avec le cas échéant une notification à l’autorité de contrôle, si possible dans les 72 heures.
- Contre-mesures : minimisation et pseudonymisation des données, droits d’accès du système de recherche strictement cloisonnés par patient et par rôle, filtres de sortie, règles claires de sous-traitance.
Protection des donnéesSystèmes RAGPseudonymisation
DisponibilitéQue se passe-t-il quand l’IA fait défaut ?
- Scénario : le service d’inférence dans le cloud dédié à la détection des AVC est surchargé ou ralenti par un excès de requêtes.
- Conséquence : l’analyse des images prend du retard dans une situation où chaque minute compte.
- Contre-mesures : procédure de repli sans IA régulièrement exercée, limitation de capacité et de débit, disponibilité garantie par contrat, surveillance des temps de réponse.
Mode dégradéLimitation de débitDisponibilité
DroitsL’IA peut-elle en faire plus que prévu ?
- Scénario : un agent d’IA disposant de droits d’écriture dans le système d’information hospitalier lit un document numérisé contenant des instructions cachées et modifie en conséquence des enregistrements.
- Conséquence : modifications non autorisées de prescriptions ou de données de référence, déclenchées par une injection de prompt et un pouvoir d’action excessif.
- Contre-mesures : droits minimaux pour les agents, confirmation humaine de toute action en écriture, séparation des données et des instructions, red teaming IA régulier.
Moindre privilègeExcessive AgencyRed teaming IA
Approfondissement
Exploiter l’IA en sécurité : neuf chapitres du point de vue de l’établissement
Les chapitres vont des domaines d’application aux réglementations et aux rôles, puis au modèle de menaces, à l’évaluation, aux mesures et à un plan de démarrage. Ils distinguent systématiquement ce que la loi exige, ce qu’un guide recommande et ce qui a fait ses preuves dans la pratique.
L’IA au quotidien clinique : domaines d’application et types de risques
Dans de nombreux établissements, l’IA est depuis longtemps une routine – souvent dispersée entre services, circuits d’achat et contrats. Tout commence donc par un état des lieux honnête.
L’éventail va des systèmes qui signalent des anomalies en radiologie et font remonter les cas urgents aux scores d’alerte précoce en soins intensifs, en passant par les analyses en laboratoire et en anatomopathologie et les propositions de posologie, jusqu’aux modèles de langage qui rédigent des courriers médicaux ou documentent des consultations. S’y ajoutent des outils sans lien direct avec le patient, par exemple pour la planification du personnel, la gestion des lits ou la prise de rendez-vous. Plus un système intervient près de la décision diagnostique ou thérapeutique, plus ses erreurs touchent directement des personnes.
Il suffit d’une mise à jour passée inaperçue, d’une base de données où certains groupes de patients sont presque absents ou d’un étalonnage qui s’est décalé pour que les résultats changent – souvent sans que cela se remarque dans le quotidien du service. Pour un déployeur, la question décisive n’est donc pas de savoir si un système est « intelligent », mais quelle décision il influence, qui se fie à ses résultats et ce qui se passe lorsqu’il se trompe ou tombe en panne.
Trois familles de risques
- Risques techniques : erreurs de classification, baisse de performance du modèle, attaques contre les données, le modèle ou les interfaces, pannes de services.
- Risques organisationnels : responsabilités floues, formation insuffisante, mises à jour non encadrées, utilisation d’outils d’IA non autorisés et lacunes dans le traitement des incidents.
- Risques éthiques et juridiques : discrimination de groupes de patients, manque de traçabilité, atteintes à la protection des données et perte de confiance entre soignants et soignés.
Deux notions à connaître
La dérive du modèle désigne la perte progressive de performance d’un modèle, parce que les données d’entrée, la population de patients, les appareils ou les processus cliniques ont évolué par rapport aux conditions de validation. Le guide MDCG 2025-6 recommande à cet égard de concevoir les jeux de données de sorte que les biais involontaires et la dérive des données restent maîtrisables et que l’on puisse repérer les sous-groupes pour lesquels un modèle obtient de moins bons résultats, y compris dans la durée.
Le biais d’automatisation désigne la tendance à se fier aux résultats produits par une machine, ou à leur accorder une confiance excessive. L’AI Act exige que les personnes chargées du contrôle humain soient en mesure de reconnaître cette tendance, d’interpréter correctement les résultats, de les écarter au cas par cas et d’arrêter le système au moyen d’un bouton d’arrêt ou d’une procédure similaire.
Cette page résume l’article « Risikomanagement für KI-Systeme im Medizinbetrieb » (Gestion des risques des systèmes d’IA en établissement de santé), paru en allemand dans mt|medizintechnik, numéro 2.2026, le restructure et le complète par les évolutions intervenues jusqu’en octobre 2026, notamment le Digital Omnibus relatif à l’AI Act.
Des réglementations qui s’articulent – et ce qui s’applique quand
Cinq réglementations s’imbriquent lorsque l’IA est utilisée dans les soins. Elles visent des rôles différents et suivent des échéances différentes.
L’AI Act ne classe pas l’IA médicale à haut risque par principe. Ce qui compte, c’est la voie de la législation sur les produits : si l’IA est elle-même un dispositif médical ou un dispositif de diagnostic in vitro, ou le composant de sécurité d’un tel dispositif, et si un organisme notifié doit intervenir dans l’évaluation de la conformité, elle est considérée comme un système d’IA à haut risque. Comme le MDR classe en règle générale au moins en classe IIa les logiciels qui fournissent des informations pour des décisions diagnostiques ou thérapeutiques, c’est le cas de la plupart des applications d’IA diagnostiques et thérapeutiques. Les exigences de l’AI Act sont alors examinées dans la procédure MDR existante de l’organisme notifié – sans seconde certification.
L’AI Act désigne par ailleurs directement comme à haut risque certains usages dans le domaine de la santé : l’évaluation des appels d’urgence et le triage des patients aux urgences, les décisions des autorités sur l’accès aux prestations de santé publiques ainsi que l’évaluation des risques et la tarification en assurance maladie et en assurance vie. Si un tel système de triage est en même temps un dispositif médical relevant d’un organisme notifié, la voie de la législation sur les produits prime.
| Réglementation | Destinataire | Portée pour l’usage de l’IA dans l’établissement | Échéance |
|---|---|---|---|
| AI Act (règlement sur l’IA) | Fournisseurs et déployeurs | Obligations haut risque pour les dispositifs médicaux à IA relevant d’un organisme notifié et pour les usages directement classés ; interdictions et maîtrise de l’IA déjà applicables | 02/12/2027 ou 02/08/2028 |
| MDR et IVDR | Fabricants | Classification, évaluation clinique, gestion des risques et vigilance du produit ; cadre dans lequel les exigences relatives à l’IA sont examinées | MDR applicable depuis le 26/05/2021 |
| Cyber Resilience Act | Fabricants de produits non médicaux comportant des éléments numériques | Concerne l’environnement informatique et les composants, pas le dispositif médical ; utile comme exigence d’achat | Notifications depuis le 11/09/2026, application complète le 11/12/2027 |
| NIS2 et loi BSI (Allemagne) | Hôpitaux relevant des entités particulièrement importantes ou importantes | Gestion des risques, sécurité de la chaîne d’approvisionnement et notifications en trois étapes – y compris pour les incidents touchant des systèmes d’IA | Nouvelle loi BSI depuis le 06/12/2025 |
| RGPD | Établissement en tant que responsable du traitement | Base juridique, analyse d’impact relative à la protection des données, notification des violations de données si possible dans les 72 heures | Droit en vigueur |
Vue d’ensemble simplifiée, état : octobre 2026. L’applicabilité d’une réglementation dépend, au cas par cas, de la destination, de la classe du produit, de la taille et du rôle de l’établissement.
Comment NIS2 et la protection des données s’y rattachent
Pour les hôpitaux que la loi BSI – la transposition allemande de NIS2 – range parmi les entités particulièrement importantes ou importantes, les systèmes d’IA font partie du système d’information à protéger : un incident de sécurité important touchant un service d’IA doit être notifié rapidement – une alerte précoce au plus tard après 24 heures, une notification avec première évaluation après 72 heures et un rapport final au plus tard un mois plus tard. La protection des données exige une analyse d’impact pour les traitements à risque élevé ; l’AI Act oblige les déployeurs à s’appuyer pour cela sur les informations fournies par le fournisseur.
Calendrier du point de vue du déployeur
- Depuis le 2 février 2025 : interdiction de certaines pratiques d’IA ; obligation de favoriser la maîtrise de l’IA au sein du personnel – depuis l’Omnibus, expressément sans niveau de compétence garanti.
- Depuis le 2 août 2026 : application générale de l’AI Act et obligations de transparence ; surveillance par l’AI Office et les autorités nationales.
- Depuis le 11 septembre 2026 : obligations de notification des fabricants au titre du Cyber Resilience Act pour les vulnérabilités activement exploitées et les incidents de sécurité graves.
- À partir du 2 décembre 2027 : obligations haut risque pour les usages directement classés, par exemple un triage aux urgences qui n’est pas évalué comme dispositif médical avec organisme notifié.
- À partir du 2 août 2028 : obligations haut risque pour les dispositifs médicaux à IA – pour les fournisseurs comme pour les déployeurs. Les systèmes mis sur le marché auparavant ne sont concernés qu’après des modifications importantes de leur conception ; pour les systèmes destinés aux autorités publiques, l’échéance est fixée au plus tard au 2 août 2030.
L’Omnibus contient en outre une ouverture dont l’issue reste incertaine : pour les produits soumis à leur propre droit sectoriel – dont les dispositifs médicaux –, la Commission peut limiter par acte délégué certaines exigences de l’AI Act, dans la mesure où ce droit sectoriel offre une protection équivalente. Elle dispose pour cela d’un délai courant jusqu’au 2 août 2027. Pour la planification à l’hôpital, cela change peu, car les obligations des déployeurs n’en sont pas affectées. Une proposition de la Commission de décembre 2025 relative à la révision du MDR et de l’IVDR va plus loin : elle ferait passer les dispositifs médicaux à IA dans une catégorie de réglementation plus légère de l’AI Act, de sorte que les exigences relatives à l’IA seraient mises en œuvre en priorité par le MDR. Rien n’est adopté ; d’ici là, les échéances indiquées ici s’appliquent.
Responsabilité partagée entre fournisseur et déployeur
L’AI Act attribue clairement les obligations à des rôles. Mais un système ne devient sûr que lorsque les deux parties relient leurs contributions.
Est fournisseur celui qui développe un système d’IA ou le fait développer et le met sur le marché ou en service sous son propre nom ; pour les dispositifs médicaux, c’est en règle générale le fabricant au sens du MDR. Est déployeur celui qui utilise le système sous sa propre autorité dans un cadre professionnel. Le guide MDCG 2025-6 précise que le déployeur ne se confond pas avec l’« utilisateur » au sens du MDR : à l’hôpital, l’établissement est le déployeur, la médecin à son poste d’interprétation est l’utilisatrice.
| Tâche | Fournisseur (fabricant) | Déployeur (hôpital, cabinet, laboratoire, centre de santé) | Interface commune |
|---|---|---|---|
| Gestion des risques | Système de gestion des risques sur tout le cycle de vie, articulé avec l’ISO 14971 | Évaluation propre à l’usage dans son environnement, avec ses processus et ses groupes de patients | Revues de risques régulières, échanges sur les risques résiduels et les limites de performance |
| Données | Gouvernance des données d’entraînement, de validation et de test, origine comprise | Pertinence et représentativité des données d’entrée fournies par l’établissement | Informations sur l’origine des données et sur les populations de validation |
| Transparence | Notice d’utilisation indiquant performances, limites et mesures de contrôle | Utilisation conforme à la notice, information du personnel, information des patients lorsqu’elle est prescrite ou médicalement indiquée | Supports de formation et guides rapides compréhensibles |
| Contrôle humain | Possibilités d’intervention et d’arrêt prévues dès la conception | Désignation de personnes compétentes, formées et habilitées pour le contrôle | Règles concertées sur les cas où l’on passe outre ou arrête le système |
| Journalisation | Rendre l’enregistrement automatique techniquement possible | Conserver les journaux sous son propre contrôle pendant au moins six mois | Accès aux journaux pour l’analyse des incidents |
| Modifications | Évaluer les mises à jour, documenter les modifications prédéfinies | Tester et valider les mises à jour, maintenir un mode dégradé | Notes de version et délais d’annonce |
| Incidents | Vigilance selon le MDR, mesures correctives, avis de sécurité | Surveiller le fonctionnement ; en cas de risque, suspendre l’utilisation et informer le fournisseur ainsi que l’autorité ; en cas d’incident grave, informer d’abord le fournisseur | Procédure commune et exercée de traitement des incidents |
Présentation simplifiée. Font foi les obligations issues de l’AI Act et du MDR ainsi que les contrats au cas par cas.
Quand l’établissement devient lui-même fournisseur
- Il met sur le marché, sous son propre nom ou sa propre marque, un système à haut risque déjà commercialisé.
- Il modifie substantiellement un système à haut risque, c’est-à-dire d’une manière non prévue dans l’évaluation initiale de la conformité et qui affecte la conformité ou la destination.
- Il utilise un système jusque-là non classé à haut risque – y compris un modèle de langage généraliste – pour une finalité qui le rend à haut risque.
Selon le guide MDCG 2025-6, une modification substantielle impose une nouvelle évaluation de la conformité même si l’établissement se contente d’utiliser lui-même le système modifié. Les modifications prédéfinies et évaluées à l’avance par le fabricant, par exemple dans un plan de changements prédéterminés, ne sont en revanche pas considérées comme substantielles. D’après le guide, les développements propres qu’un établissement de santé utilise exclusivement en interne, dans le cadre des règles applicables aux dispositifs fabriqués et utilisés en interne, ne constituent pas une IA à haut risque ; les autres obligations de l’AI Act demeurent.
Ce que le contrat doit prévoir
- Informations sur l’origine des données, les populations de validation et les limites de performance connues.
- Politique de mise à jour avec délais d’annonce, notes de version et possibilité de retour arrière.
- Accès aux journaux et soutien pour l’analyse des incidents et l’analyse d’impact relative à la protection des données.
- Circuits de notification, délais de réaction et interlocuteurs pour les questions de sécurité.
- Engagements de sécurité pour les composants cloud et les bibliothèques tierces, nomenclature logicielle comprise.
- Fin du support et restitution ou suppression ordonnée des données en fin de contrat.
La gestion des risques sur tout le cycle de vie
Côté déployeur, la gestion des risques n’est pas un projet avec une date de fin. Elle accompagne un système d’IA de la première idée jusqu’à sa mise hors service.
La loi n’impose un système de gestion des risques au sens de l’AI Act qu’au fournisseur. Les déployeurs ont des obligations de surveillance, de contrôle, de données, de journalisation et de notification. Une gestion des risques structurée au sein de l’établissement reste pourtant la base pratique pour remplir ces obligations. La norme IEC 80001-1, destinée aux établissements exploitants, décrit précisément cette approche pour les dispositifs médicaux connectés et les logiciels de santé : gestion des risques avant, pendant et après l’intégration dans le système d’information hospitalier.
- 1Avant l’achat : finalité et qualification
Clarifier le bénéfice clinique, la destination, le rôle de l’établissement et la qualification réglementaire. Fixer des critères d’acceptation : quels taux d’erreur et quels risques résiduels sont acceptables pour cet usage, et qui en décide ?
- 2Avant la mise en service : vérification dans son propre environnement
Vérifier avec des données propres et représentatives que les performances annoncées par le fabricant sont atteintes dans sa propre population. Sécuriser interfaces, droits d’accès et segment réseau, désigner et former les personnes chargées du contrôle, définir la procédure de repli.
- 3En exploitation : surveillance et retours
Suivre en continu les indicateurs de performance, les taux de dérogation – c’est-à-dire la fréquence à laquelle le personnel passe outre l’IA –, la qualité des données et la disponibilité. Documenter les anomalies, les signaler au fournisseur et suspendre l’utilisation en cas de risque.
- 4Lors de modifications : validation maîtrisée
Chaque mise à jour du modèle, chaque nouvelle interface et chaque nouveau domaine d’utilisation passe par l’évaluation, le test, la validation et la documentation. Vérifier si la modification avait été prédéfinie par le fabricant ou si elle ferait basculer l’établissement dans le rôle de fournisseur.
- 5À la mise hors service : un retrait ordonné
Garantir un processus de remplacement, sécuriser journaux et preuves conformément aux durées de conservation, fermer accès et interfaces, faire supprimer les données chez le fournisseur et tirer les enseignements pour le prochain achat.
Un modèle de menaces pour l’IA médicale
Les menaces se repèrent le mieux en suivant les flux de données : d’où viennent les entrées, où tourne le modèle, où vont les résultats ?
STRIDE remonte à Loren Kohnfelder et Praerit Garg, qui ont décrit ce schéma en 1999 chez Microsoft. Il range les menaces en six catégories et s’applique bien à un diagramme de flux de données : pour chaque composant et chaque connexion, on se demande quelle catégorie y est envisageable. Pour un système d’IA d’aide à l’interprétation, on y trouve typiquement l’appareil d’imagerie (appelé « modalité » en radiologie), l’archive d’images (PACS), le service d’inférence – local ou dans le cloud –, l’affichage des résultats, le système d’information hospitalier et le canal de mise à jour du fabricant.
| Catégorie | Question clé | Point d’attaque typique dans l’exploitation de l’IA |
|---|---|---|
| Spoofing – usurpation d’identité | Quelqu’un peut-il se faire passer pour un système ou une personne autorisés ? | Appareils d’imagerie, comptes de service, interfaces de programmation (API) du service d’inférence |
| Tampering – falsification | Les entrées, le modèle ou les résultats peuvent-ils être modifiés à l’insu de tous ? | Interfaces de laboratoire et d’imagerie, fichiers du modèle, canal de mise à jour |
| Repudiation – répudiation | Peut-on prouver après coup qui a déclenché et décidé quoi ? | Journaux, horodatages, versions |
| Information Disclosure – divulgation | Des données de santé ou des éléments internes du modèle peuvent-ils fuiter ? | Transfert vers le cloud, systèmes de recherche documentaire des modèles de langage, journaux du fabricant |
| Denial of Service – déni de service | Que se passe-t-il en cas de surcharge ou de panne ? | Inférence dans le cloud, réseau, serveur de licences |
| Elevation of Privilege – élévation de privilèges | Un utilisateur ou un agent peut-il faire plus que prévu ? | Interfaces d’administration, agents disposant de droits d’écriture |
L’explorateur STRIDE de la vue d’ensemble, plus haut, présente des scénarios concrets avec leurs conséquences et leurs contre-mesures.
Menaces propres à l’IA
L’AI Act cite lui-même des attaques typiques contre l’IA : empoisonnement des données et des modèles, entrées modifiées à dessein pour tromper un modèle, attaques contre la confidentialité et exploitation des faiblesses du modèle. Pour les applications fondées sur des modèles de langage, l’OWASP Top 10 for LLM Applications dans sa version 2026 propose une grille de lecture actuelle. Pour les établissements, les schémas suivants sont les plus pertinents :
Data and Model Poisoning
Des données d’entraînement ou d’affinage manipulées modifient le comportement du modèle – par exemple pour que certains résultats soient systématiquement manqués.
Entrées trompeuses
Des images ou des signaux très légèrement modifiés entraînent des classifications erronées, sans que l’œil humain perçoive la différence.
Prompt Injection
Des instructions cachées dans des documents, des images ou des fichiers audio amènent un modèle de langage à ignorer ses consignes.
Sensitive Information Disclosure
Un modèle divulgue dans ses réponses des données personnelles ou des contenus confidentiels issus de son contexte.
Excessive Agency
Des agents dotés de trop de droits ou de trop peu de contrôle exécutent des actions lourdes de conséquences dans les systèmes métier.
Misinformation
Des affirmations plausibles mais fausses sont reprises sans vérification dans la documentation ou les décisions.
Supply Chain
Des modèles, bibliothèques ou jeux de données compromis provenant de sources tierces arrivent à l’hôpital par l’intermédiaire du fabricant.
Unbounded Consumption
Des requêtes excessives épuisent les ressources de calcul ou les budgets ; cela inclut la tentative de reproduire un modèle par des interrogations massives.
Évaluer les impacts : probabilité, gravité et biais
Seule l’évaluation transforme une liste de menaces en liste de priorités. Les conséquences cliniques y comptent autant que la protection des données et l’équité.
Une matrice à deux axes a fait ses preuves. Le premier axe porte la probabilité, alimentée par des facteurs techniques comme la surface d’attaque et la robustesse du modèle, des facteurs organisationnels comme le niveau de formation et la maturité des processus, et des facteurs humains comme la pression temporelle et le biais d’automatisation. Le second porte la gravité des conséquences – sur le plan médical, de la protection des données, du fonctionnement de l’établissement et de la confiance qui lui est accordée.
| Niveau | Question clé | Exemple |
|---|---|---|
| Patient individuel | Une erreur peut-elle mettre directement en danger la santé ou la vie ? | Un score d’alerte précoce se déclenche trop tard chez une patiente, le traitement commence avec retard. |
| Personnel et fonctionnement | Comment le système modifie-t-il la charge de travail, les processus et l’attention ? | Trop de fausses alertes entraînent une lassitude face aux alarmes ; les vraies alertes passent inaperçues. |
| Groupes de patients et société | Certains groupes sont-ils systématiquement moins bien soignés ? | Un modèle entraîné surtout sur les données d’une tranche d’âge détecte moins souvent les anomalies chez les autres groupes. |
Examiner les biais de façon ciblée
Les biais apparaissent lorsque les données d’entraînement ne reflètent pas la patientèle de l’établissement ou lorsque les processus et les appareils changent. Les déployeurs devraient donc analyser les indicateurs de performance non seulement globalement, mais aussi par sous-groupe pertinent, dans la mesure où les données et la base juridique le permettent. Depuis l’Omnibus, l’AI Act autorise les déployeurs de systèmes à haut risque à traiter exceptionnellement des catégories particulières de données à caractère personnel, comme les données de santé, pour détecter des biais – sous de strictes garanties et sans que cela crée une obligation.
Analyse d’impact sur les droits fondamentaux : quand est-elle obligatoire ?
L’AI Act n’exige une analyse d’impact sur les droits fondamentaux que pour les usages à haut risque qu’il énumère lui-même, et seulement de la part des organismes publics, des opérateurs privés fournissant des services publics et des déployeurs qui évaluent la solvabilité ou tarifient des assurances vie et maladie. Les hôpitaux publics et les établissements privés investis d’une mission de service public peuvent ainsi être concernés, par exemple lors du déploiement d’un système de triage aux urgences ; si ce système est en même temps un dispositif médical relevant d’un organisme notifié, il convient, compte tenu de la primauté de la législation sur les produits, de vérifier au cas par cas si l’obligation s’applique. Pour les dispositifs médicaux à IA qui ne sont à haut risque que par la voie du MDR, cette obligation ne s’applique pas. L’Omnibus permet de renvoyer à une analyse d’impact relative à la protection des données déjà réalisée.
Mesures : prévention, détection, correction, preuve
Un traitement efficace des risques repose sur quatre piliers. Aucun ne suffit à lui seul.
- 1Prévention
La sécurité commence dès la sélection : exiger du fournisseur une approche Secure by Design, valider avec des données de test propres et représentatives, mettre en œuvre segmentation réseau, authentification multifacteur et droits fondés sur les rôles. Solliciter avant la mise en production un second regard indépendant – issu d’un test de sécurité externe ou d’un hôpital partenaire expérimenté dans le même domaine – permet de découvrir les angles morts avant qu’ils ne touchent des patients.
- 2Détection
Repérer tôt les écarts : surveiller la dérive des indicateurs de performance et des données d’entrée, analyser les journaux, définir des alertes en cas de comportement inhabituel et utiliser les dérogations du personnel comme indicateur précoce. En soins intensifs et aux urgences, ce qui compte, c’est la rapidité avec laquelle une anomalie parvient à l’équipe compétente.
- 3Correction
Quand quelque chose tourne mal : aux points critiques, l’humain garde le dernier mot et peut arrêter le système. Des procédures de repli sans IA, la possibilité de revenir à une version antérieure du modèle, des voies d’escalade claires et une procédure de traitement des incidents bien rodée limitent les dégâts.
- 4Preuve
La documentation relie le tout : qualification, évaluation des risques, résultats de tests, validations, formations, dérogations, incidents et corrections. Elle atteste du respect des obligations auprès des autorités et des auditeurs et fonde l’amélioration continue.
Notifier quand la situation devient sérieuse
Si l’établissement a des raisons de penser que l’utilisation présente un risque, il informe sans délai le fournisseur ou le distributeur ainsi que l’autorité de surveillance du marché et suspend l’utilisation. En cas d’incident grave, l’AI Act exige d’informer sans délai, en premier lieu, le fournisseur. Pour les dispositifs médicaux à IA, les incidents liés à la santé passent par le système de vigilance du MDR – le fabricant notifie, selon la gravité, au plus tard sous 15, 10 ou 2 jours ; au titre de l’AI Act, seules les violations d’obligations protégeant les droits fondamentaux restent alors à notifier. En Allemagne, exploitants et utilisateurs doivent en outre signaler sans délai les incidents graves présumés à l’autorité fédérale compétente, en règle générale le BfArM. En parallèle, des notifications au titre de la loi BSI et du droit de la protection des données peuvent s’imposer.
Les mesures concrètes en un coup d’œil
- Inventaire de tous les systèmes d’IA avec finalité, qualification, responsables et flux de données.
- Personnes chargées du contrôle désignées pour chaque système, avec formation documentée et habilitation à passer outre.
- Journalisation incluant la version du modèle et l’action de l’utilisateur, conservation d’au moins six mois.
- Procédure de validation des mises à jour avec test dans un environnement de référence.
- Tests de sécurité réguliers et red teaming IA, en particulier pour les modèles de langage et les agents.
- Matrice de notification concertée couvrant le fournisseur, la vigilance des dispositifs médicaux, le BSI et l’autorité de protection des données.
Intégration dans le SMSI et le système de management de l’IA
La gestion des risques de l’IA est la plus efficace lorsqu’elle s’intègre aux systèmes de management existants au lieu de fonctionner à côté.
De nombreux établissements disposent déjà d’un système de management de la sécurité de l’information (SMSI), d’un management de la qualité et d’un management de la protection des données. Les risques liés à l’IA peuvent s’y greffer : comme catégorie de risque à part entière, avec leurs propres contrôles et un rôle clairement défini dans la validation des nouveaux systèmes. La vue d’ensemble ci-dessous montre ce qu’apporte chaque norme.
ISO/IEC 27001
Cadre du management de la sécurité de l’information : inventaire des actifs, contrôle d’accès, gestion des fournisseurs, journalisation et traitement des incidents – la base de toute sécurisation de l’IA.
ISO/IEC 42001
Système de management de l’IA (SMIA) certifiable, avec rôles, politiques et analyse d’impact. La norme est volontaire ; elle ne confère aucune présomption de conformité à l’AI Act.
ISO/IEC 23894
Lignes directrices pour la gestion des risques liés à l’IA, expressément destinées aussi aux organisations qui déploient ou utilisent l’IA – donc bien adaptées aux déployeurs.
IEC 80001-1
Norme destinée aux établissements exploitant des dispositifs médicaux connectés et des logiciels de santé : sécurité, efficacité et sécurité de l’information lors de l’intégration et de l’utilisation dans le système d’information hospitalier.
ISO 14971
Norme de base harmonisée au titre du MDR pour la gestion des risques produit du fabricant. Les déployeurs ont intérêt à aligner leur évaluation sur sa terminologie, afin que les informations circulent sans perte entre les deux parties.
BS/AAMI 34971
Guide de 2023 qui transpose la logique de l’ISO 14971 à l’apprentissage automatique, par exemple aux problèmes de données et de performance – utile pour le dialogue avec les fabricants.
Pour les hôpitaux soumis à la loi BSI, cette intégration s’impose aussi sur le plan juridique : les mesures de gestion des risques exigées comprennent notamment la gestion des incidents, la sécurité de la chaîne d’approvisionnement ainsi que la sécurité de l’acquisition, du développement et de la maintenance, y compris le traitement des vulnérabilités. Les services d’IA et leurs fournisseurs ont donc leur place dans la gestion des fournisseurs et des vulnérabilités du SMSI.
Plan de démarrage sur 90 jours pour les hôpitaux
D’ici décembre 2027 ou août 2028, il reste du temps – mais pas trop. Un démarrage structuré sur trois mois donne une vue d’ensemble, comble les principales lacunes et prépare la suite.
- 1Jours 1–15 : fixer les responsabilités
Désigner une fonction responsable de l’IA, réunir l’ingénierie biomédicale, la sécurité informatique, la protection des données, le management de la qualité et la direction médicale au sein d’un comité, et soumettre la validation de tout nouveau système d’IA à ce comité.
- 2Jours 16–30 : dresser l’inventaire
Recenser tous les systèmes d’IA, y compris les fonctions intégrées aux appareils et aux services cloud. Consigner pour chaque système la finalité, le fournisseur, les flux de données, les groupes d’utilisateurs et la qualification réglementaire.
- 3Jours 31–45 : prioriser les risques
Pour les systèmes les plus proches du patient, établir un modèle de menaces selon STRIDE et évaluer les impacts. Le résultat est une liste des mesures les plus urgentes.
- 4Jours 46–60 : contrats et fournisseurs
Examiner les contrats existants au regard de la politique de mise à jour, de l’accès aux journaux, de l’origine des données, des circuits de notification et de la fin du support ; renégocier les engagements manquants et fixer des exigences d’achat pour les acquisitions futures.
- 5Jours 61–75 : contrôle et compétences
Désigner les personnes chargées du contrôle pour chaque système, organiser des formations ciblées sur les limites de performance et le biais d’automatisation, informer le personnel et ses représentants.
- 6Jours 76–90 : ancrer l’exploitation
Mettre en place la surveillance et la conservation des journaux, faire entrer en vigueur la procédure de gestion des modifications et la matrice de notification, réaliser un exercice de traitement d’incident et adopter le plan des douze mois suivants.
Ce plan est une orientation et ne remplace pas un examen au cas par cas. Son ampleur et l’ordre des étapes dépendent de la taille, de la mission de soins et du parc d’IA de l’établissement.
Article spécialisé · mt|medizintechnik
Gestion des risques des systèmes d’IA en établissement de santé
Dans son article, Valeri Milke, CEO de VamiSec GmbH et Lead Auditor ISO/IEC 27001 et ISO/IEC 42001, explique comment les déployeurs sécurisent l’usage de l’IA dans les soins grâce à une gestion des risques structurée – entre AI Act, MDR et Cyber Resilience Act. Cette page résume l’article, le restructure et le complète par l’état d’octobre 2026, notamment les échéances fixées par le Digital Omnibus.
Numéro2.2026
ÉditeurTÜV Media
DossierMédecine personnalisée
Contenup. 8–12, 3 illustrations, 1 tableau
- Plus l’IA intervient dans les décisions cliniques, plus la gestion des risques devient une mission de direction de l’établissement.
- Fournisseurs et déployeurs portent une responsabilité commune ; tout se joue aux interfaces entre les deux.
- Un modèle de menaces selon STRIDE, complété par les attaques propres à l’IA, rend les vulnérabilités visibles très tôt.
- Prévention, détection, correction et preuve forment ensemble le socle de la confiance.
L’article complet, en allemand, est paru dans l’édition imprimée et dans l’e-paper réservé aux abonnés.
FAQ
Questions fréquentes sur la gestion des risques de l’IA en établissement de santé
Des réponses courtes pour la direction, l’ingénierie biomédicale, la DSI hospitalière et les responsables qualité et affaires réglementaires – état : octobre 2026.
Pour les systèmes à haut risque, les déployeurs doivent les utiliser conformément à la notice, confier le contrôle humain à des personnes compétentes, formées et habilitées, surveiller le fonctionnement, vérifier la pertinence des données d’entrée qu’ils fournissent, conserver au moins six mois les journaux générés automatiquement et informer le personnel avant la mise en service. En cas de risque, ils suspendent l’utilisation et informent le fournisseur et l’autorité de surveillance du marché ; en cas d’incident grave, d’abord le fournisseur. Quelle que soit la classe de risque, ils doivent favoriser la maîtrise de l’IA de leur personnel.
À partir du 2 août 2028, date fixée par le Digital Omnibus, en vigueur depuis le 27 juillet 2026. Elle vaut pour les fournisseurs et les déployeurs d’IA intégrée à des dispositifs médicaux ou de diagnostic in vitro évalués avec un organisme notifié. Pour les usages que l’AI Act classe lui-même à haut risque, comme le triage aux urgences, l’échéance est le 2 décembre 2027, sauf s’il s’agit aussi d’un dispositif médical relevant d’un organisme notifié. Interdictions, maîtrise de l’IA et transparence s’appliquent déjà. Une proposition de révision du MDR, non encore adoptée, pourrait encore modifier cette articulation. Pour les systèmes légalement mis sur le marché ou mis en service avant la date concernée, les obligations à haut risque ne s’appliquent que si leur conception fait ensuite l’objet de modifications importantes ; les systèmes destinés à être utilisés par des autorités publiques doivent s’y conformer au plus tard le 2 août 2030.
Non. L’IA médicale est en règle générale à haut risque lorsqu’elle constitue un dispositif médical ou un composant de sécurité et qu’un organisme notifié doit intervenir dans l’évaluation de la conformité. C’est le cas de la plupart des applications diagnostiques et thérapeutiques, car le MDR classe généralement ces logiciels au moins en classe IIa. Un assistant de documentation sans destination médicale n’est en revanche, en général, pas un système à haut risque, tant qu’il n’est pas utilisé pour une finalité expressément listée.
Non, les dispositifs médicaux et de diagnostic in vitro sont exclus du Cyber Resilience Act, car le MDR et l’IVDR posent leurs propres exigences de sécurité. Il couvre en revanche les produits non médicaux comportant des éléments numériques présents dans leur environnement, comme les composants réseau ou les logiciels d’intégration. Les obligations incombent à leurs fabricants : notifications depuis le 11 septembre 2026, application complète à partir du 11 décembre 2027. Les hôpitaux peuvent s’en servir dans leurs appels d’offres et leurs contrats.
Seulement dans certains cas. L’AI Act l’exige des organismes publics et des opérateurs privés fournissant des services publics pour les usages à haut risque qu’il énumère lui-même, par exemple un système de triage aux urgences. Pour les dispositifs médicaux à IA qui ne sont à haut risque que par la voie du MDR, l’obligation ne s’applique pas. Une évaluation structurée des impacts reste néanmoins utile et peut être combinée avec l’analyse d’impact relative à la protection des données.
Lorsqu’il propose un système à haut risque sous son propre nom ou sa propre marque, le modifie substantiellement ou utilise un système jusque-là non classé à haut risque pour une finalité à haut risque. Il endosse alors les obligations du fournisseur, y compris l’évaluation de la conformité – selon le guide MDCG 2025-6, même s’il n’utilise le système que pour son propre compte. Les modifications prédéfinies par le fabricant ne sont pas considérées comme substantielles.
La dérive du modèle est la perte progressive de performance d’un modèle d’IA, parce que la population de patients, les appareils, les formats de données ou les processus cliniques ont changé par rapport à la validation. On la détecte en surveillant en continu les indicateurs de performance, la distribution des données d’entrée et les taux de dérogation – idéalement par sous-groupe pertinent. Les anomalies doivent être documentées, clarifiées avec le fournisseur et, en cas de risque, conduire à suspendre l’utilisation.
Elle aide sur le plan organisationnel, mais ne remplace aucune obligation. L’ISO/IEC 42001 décrit un système de management de l’IA volontaire et certifiable, avec rôles, politiques, appréciation des risques et analyse d’impact. Elle ne confère aucune présomption de conformité à l’AI Act. À l’hôpital, la norme se combine bien avec un SMSI selon l’ISO/IEC 27001 et avec l’IEC 80001-1 pour les dispositifs médicaux connectés.
Normes & sources
Le contenu de cette page s'appuie sur les guides et études suivants, accessibles publiquement.
mt|medizintechnik · TÜV Media GmbH · 2026
Valeri Milke : Risikomanagement für KI-Systeme im Medizinbetrieb (Gestion des risques des systèmes d’IA en établissement de santé), numéro 2.2026 ↗
Article d’origine en allemand (dossier Médecine personnalisée), que cette page résume, actualise et approfondit.
Journal officiel de l’UE / EUR-Lex · 2024
Règlement (UE) 2024/1689 (règlement sur l’IA / AI Act) ↗
Art. 6(1) et annexe I (MDR/IVDR), annexe III, point 5 (triage d’urgence, prestations de santé), obligations des déployeurs art. 26, analyse d’impact sur les droits fondamentaux art. 27, changement de rôle art. 25, incidents art. 73 ; application générale à partir du 02/08/2026 (art. 113).
Journal officiel de l’UE / EUR-Lex · 2026
Règlement (UE) 2026/1744 (Digital Omnibus on AI) ↗
Du 08/07/2026, en vigueur depuis le 27/07/2026 : obligations haut risque de l’annexe III à partir du 02/12/2027, de l’annexe I (notamment dispositifs médicaux) à partir du 02/08/2028 ; nouvelle rédaction de l’art. 4 ; art. 4a (détection des biais) ; art. 2(13) (actes délégués).
Commission européenne / EUR-Lex · 2025
COM(2025) 1023 final – Proposition de simplification du MDR et de l’IVDR (avec modification du règlement sur l’IA) ↗
Du 16/12/2025, procédure législative en cours : le MDR et l’IVDR passeraient de la section A à la section B de l’annexe I du règlement sur l’IA.
AI Board / Medical Device Coordination Group · 2025
AIB 2025-1 / MDCG 2025-6 – Interplay between the MDR & IVDR and the Artificial Intelligence Act ↗
36 questions sur l’articulation des textes ; tableau 1 sur la classification haut risque selon la classe du produit ; déployeur ≠ utilisateur au sens du MDR ; modification substantielle (Q29/Q30) ; dispositifs fabriqués en interne (Q35). L’échéance 2027 mentionnée à la question 31 est rendue caduque par l’Omnibus.
Journal officiel de l’UE / EUR-Lex · 2017
Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux (MDR) ↗
Règle de classification 11 pour les logiciels (annexe VIII), vigilance art. 87 (15/10/2 jours), dispositifs fabriqués en interne art. 5(5). En complément, en Allemagne : obligation de notification des exploitants et des utilisateurs selon le § 3 MPAMIV.
Journal officiel de l’UE / EUR-Lex · 2024
Règlement (UE) 2024/2847 (Cyber Resilience Act) ↗
Exclusion des produits relevant du MDR et de l’IVDR (art. 2(2)) ; obligations de notification depuis le 11/09/2026 (art. 14), application complète à partir du 11/12/2027 (art. 71).
République fédérale d’Allemagne · 2025
Loi BSI (BSIG) dans sa version issue de la loi allemande de transposition de NIS2 (NIS2UmsuCG) ↗
En vigueur depuis le 06/12/2025 ; entités particulièrement importantes et importantes (§ 28, annexe 1), mesures de gestion des risques (§ 30), étapes de notification 24 h / 72 h / 1 mois (§ 32).
Medical Device Coordination Group / Commission européenne · 2020
MDCG 2019-16 Rev. 1 – Guidance on Cybersecurity for medical devices ↗
Responsabilité partagée entre fabricant et établissement de santé ; gestion des risques de sécurité sur tout le cycle de vie.
ISO · 2019
ISO 14971:2019 – Medical devices — Application of risk management to medical devices ↗
Norme de base harmonisée (EN ISO 14971:2019/A11:2021) pour la gestion des risques produit.
ISO/IEC · 2023
ISO/IEC 23894:2023 – Artificial intelligence — Guidance on risk management ↗
Lignes directrices de gestion des risques propres à l’IA, pour les organisations qui développent, fournissent ou utilisent l’IA.
ISO/IEC · 2023
ISO/IEC 42001:2023 – AI management systems ↗
Système de management de l’IA certifiable ; volontaire, sans présomption de conformité au titre de l’AI Act.
IEC · 2021
IEC 80001-1:2021 – Safety, effectiveness and security in the implementation and use of connected medical devices or connected health software ↗
Norme pour les établissements exploitants : gestion des risques avant, pendant et après l’intégration de dispositifs médicaux connectés dans le système d’information hospitalier.
BSI / AAMI · 2023
BS/AAMI 34971:2023 – Application of ISO 14971 to machine learning in artificial intelligence: Guide ↗
Transpose la logique de l’ISO 14971 aux dangers propres à l’apprentissage automatique, comme les problèmes de données et de performance.
OWASP GenAI Security Project · 2026
OWASP Top 10 for LLM Applications 2026 ↗
Liste actuelle des risques pour les applications fondées sur des modèles de langage (publiée le 03/08/2026), notamment Prompt Injection, Data and Model Poisoning et Excessive Agency.
Microsoft · 2026
Threats – Microsoft Threat Modeling Tool (STRIDE) ↗
Définition des six catégories STRIDE ; la méthode remonte à Kohnfelder et Garg (Microsoft, 1999).
Votre usage de l’IA est-il bien sécurisé ?
Lors d’un premier entretien sans engagement, nous confrontons vos applications d’IA aux obligations des déployeurs selon l’AI Act, au MDR, à la loi BSI et au RGPD ainsi qu’aux normes ISO/IEC 27001, ISO/IEC 42001 et IEC 80001-1 – avec une liste priorisée des prochaines étapes.